Traduire un livre : les choses à savoir (2022)

Ce que vous allez apprendre dans cet article:

  • Ce que l’on entend par «tra­duire unlivre»
  • Le fonc­tion­ne­ment de la vente de droits littéraires
  • Les gaffes à éviter

Traduire un livre et le publier à l’é­tran­ger, voilà un rêve de nom­breux écri­vains. Mais la vente de droits ne fonc­tionne pas du tout comme on lecroit…

Quelques débats vus sur des forums où je traîne, et des échanges publics ou pri­vés avec cer­tains d’entre vous, m’ont donné l’idée de faire un point sur la ques­tion de la traduction.

En effet, la tra­duc­tion de son livre en langue étran­gère fait sou­vent fan­tas­mer les auteurs. Elle les conduit à com­mettre des erreurs qu’ils payent, par­fois, trèscher…

(Video) Comment faire traduire son livre avec Babelcube.com ?

Apprenons à y voir plus clair dans cette mini forêt vierge.

Traduire un livre : les choses à savoir (1)

Pourquoi publier son livre à l’étranger?

D’abord, je vou­drais une bonne fois pour toutes lever un mal­en­tendu. L’expression «tra­duire un livre» ne veut pas dire la même chose pour vous et pour votre éditeur:

  • Pour vous, cela signi­fie «pla­cer son texte à l’étranger».
  • Pour lui, il s’agit plu­tôt de l’opération qui consiste à trans­for­mer un texte écrit en fran­çais, en un texte en anglais, en chi­nois ou en allemand.

Apprenez à vous com­prendre. S’agissant de tra­duc­tion, c’est un préa­lable assez logique!

Pour votre édi­teur, la déci­sion de pro­po­ser les droits de votre livre à la vente dépend de nom­breux fac­teurs. Voici les trois principaux:

  • Le suc­cès de votre livre dans le pays de départ;
  • Son inté­rêt glo­bal pour le mar­ché étranger;
  • La per­ti­nence «cultu­relle» de l’opération.

Pour le suc­cès, cela me semble une évi­dence: votre édi­teur aura plus de faci­lité à atti­rer l’attention d’un confrère sur un livre déjà réputé. S’il n’a pas mar­ché dans son pays de départ, c’est sou­vent mau­vais signe pour lasuite.

Ensuite, on l’ignore sou­vent, tous les édi­teurs ne voient pas d’un même œil l’opportunité de la vente de droits. Certaines mai­sons sont très à l’aise avec ces démarches, et dis­posent de bons contacts dans cer­tains pays étran­gers; la plu­part des mai­sons, sur­tout petites et moyennes, n’ont sim­ple­ment pas de temps à consa­crer à ces opé­ra­tions assez lourdes. Accessoirement, il faut aussi que le res­pon­sable… parle la langue étrangère!

(Video) Plagiat : les dangers du copier/coller

Enfin, à pro­pos des pays de des­ti­na­tion, essayez de gar­der l’esprit large. Est-ce que ce roman qui parle de haute gas­tro­no­mie est sus­cep­tible d’intéresser le public bri­tan­nique? (c’est un exemple)
Tout n’est pas bon à publier par­tout, et ceci mal­gré le suc­cès passé du livre et la moti­va­tion de votre éditeur.

Traduire un livre, comment ça sepasse?

Si toutes les condi­tions sont réunies, l’éditeur va se lan­cer dans les opé­ra­tions de démar­chage. Vous vous rap­pe­lez l’époque intense où vous avez sou­mis votre manus­crit? Eh bien c’est au tour de l’éditeur de s’y coller!

Bien entendu, vous pou­vez vous aussi démar­cher des édi­teurs étran­gers (sur­tout si vous avez déjà quelques contacts inté­res­sants), mais véri­fiez bien les termes de votre contrat: dans ce cas comme dans d’autres, l’ac­cord vous vous oblige, vous et votre par­te­naire, à vous tenir mutuel­le­ment infor­més de vos démarches. Croyez-moi, il vaut mieux res­ter syn­chro: vous et lui n’en serez que plus efficaces.

Le meilleur moyen, pour un édi­teur, d’attirer l’attention d’un confrère étran­ger, est de le ren­con­trer. Pour cela, le salon du livre de Francfort, mi-octobre en Allemagne, est ZE évé­ne­ment annuel mon­dial. Si votre édi­teur est un fami­lier de «Francfort», c’est un bon signe de son ouver­ture à l’étranger.

Certains fonc­tionnent aussi avec un réseau bien en place. D’autres font des envois pos­taux, mais le résul­tat est rare­ment flamboyant…

Une fois qu’un achat est décidé par une mai­son étran­gère, un petit jeu de chassé-croisé juri­dique a lieu entre les par­ties pre­nantes: échange de contrats et signa­tures diverses. À ce pro­pos, le code des usages (lorsque l’éditeur d’arrivée est fran­çais), a été revu en 2012 par l’interprofession.

L’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France) montre ses contrats-types, et peut répondre aux ques­tions les plus poin­tues sur les usages… en France.

(Video) Comment traduire le ciel

Des contrats? Oui, mais les­quels? La vente de droits à l’étranger en néces­sitetrois:

  • entre l’auteur et l’éditeur de départ (a priori, le contrat d’o­ri­gine pré­voit les éven­tua­li­tés de la vente de droits)
  • entre les deux éditeurs
  • entre l’éditeur d’arrivée et le traducteur

Je remer­cie E. Pierrat pour la relec­ture de cet article sous l’angle juridique.

«Qui choi­sit le tra­duc­teur? » est la ques­tion que l’on se pose sou­vent. La réponse est: l’éditeur d’arrivée. Même si vous, en tant qu’au­teur, tout comme l’éditeur de départ, pou­vez lui sug­gé­rer un nom, c’est l’éditeur d’arrivée qui pren­dra la déci­sion, car c’est lui qui met l’argent sur la table.
Souvent, les auteurs répu­tés ont leur tra­duc­teur atti­tré dans une langue don­née. En géné­ral, l’éditeur d’arrivée ne fera pas de dif­fi­cul­tés pour tra­vailler avec celui-ci.

Gardez une chose à l’esprit: même si vous connais­sez quelqu’un qui parle très bien une langue étran­gère, et qui se pro­pose pour tra­duire gra­tui­te­ment votre ouvrage, cela ne fait pas de lui un tra­duc­teur lit­té­raire pro­fes­sion­nel. Et sur­tout, cela ne veut pas dire que la publi­ca­tion en ques­tion serait per­ti­nente, et encore moins que le pro­jet trou­ve­rait preneur.

L’éditeur d’arrivée est trouvé, le tra­duc­teur est engagé, les contrats sont signés? Formidable! «Y a plus qu’à». Voilà le moment où votre texte com­mence sa nou­velle vie.

Vous vou­lez jeter un œil sur la ver­sion tra­duite? C’est votre droit, bien sûr. On vous mon­trera volon­tiers les pla­cards avant impres­sion. Mais atten­tion, ne repre­nez pas tout le tra­vail de fond en comble. Comme je l’ai dit ailleurs, le temps de tout le monde est pré­cieux, et le tra­vail du tra­duc­teur, de l’éditeur d’arrivée, est, comme son nom l’indique… un tra­vail. Respectez-le à sa juste valeur.

Ce qu’il ne faut pasfaire

Madame A. avait publié chez nous un joli texte de lit­té­ra­ture. Comme elle avait beau­coup d’a­mis, notam­ment une tra­duc­trice anglo­phone, elle lui pro­posa de tra­duire le texte pour le mar­ché anglo-saxon. «Tu crois? » demanda l’amie en ques­tion. «Mais qui va me payer mon tra­vail? – Ne t’inquiète pas, la ras­sura madame A. Mon édi­teur est inté­ressé, il paiera.» Et la tra­duc­trice com­mença la mission.

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Or, nous n’étions pas si inté­res­sés que cela. Nous n’avions pas tel­le­ment envie depayer:

  • une tra­duc­trice tom­bée duciel;
  • sans garan­tie de publier le texte ensuite;
  • alors que ce coût doit être sup­porté par l’éditeur d’arrivée.

Nous remer­ciâmes donc gen­ti­ment madame A., qui informa son amie tra­duc­trice qu’elle ne serait jamais payée pour son tra­vail. Et elles se brouillèrent toutes les deux pour toujours.

Madame V., elle, était une auteure alle­mande. Nous avions acheté les droits de son ouvrage, un court roman. Alors que nous cher­chions un tra­duc­teur alle­mand (en Alsace, on en trouve à peu près autant que des mou­tons sous mon lit), madame V. insista pour que nous pre­nions le sien. N’y voyant pas malice, nous acceptâmes.

Or, le tra­duc­teur en ques­tion était un sinistre mar­gou­lin, qui donna le texte en pâture à Babelfish. Comme l’écrivain alle­mande ne par­lait pas fran­çais, et que de toute façon ses textes étaient un peu déjan­tés, le sub­ter­fuge était passé inaperçu chez tous ses pré­cé­dents édi­teurs fran­çais (la liste com­pre­nait, tout de même, ActesSud…)

Ledit tra­duc­teur nous ren­dit donc une copie tout à fait infi­dèle (il se trouve que dans la mai­son d’édition, nous étions tous ger­ma­no­phones et que nous pou­vions com­pa­rer les deux textes). On y trou­vait par exemple une magni­fique chasse à courre au canard, un arc que l’on «ten­dait», une confu­sion entre papillon et libel­lule… Un peu gênant pour la cré­di­bi­lité de l’auteur dans le pays d’arrivée… et la nôtre, évidemment.

Méfiez-vous si vous ne par­lez pas la langue d’arrivée: il vaut mieux faire confiance à l’éditeur pour choi­sir le traducteur.

Résumé: on oublie les clichés, merci

Voici donc com­ment les choses se pré­sentent «pour de vrai», concer­nant la vente de droits lit­té­raires à l’étranger:

(Video) Traduire automatiquement vos pages web dans Google Chrome | Tutoriels et solutions

  • le suc­cès d’un livre dans son pays de départ ne suf­fit pas pour jus­ti­fier la publi­ca­tion à l’étranger;
  • le démar­chage des édi­teurs d’arrivée est prin­ci­pa­le­ment le tra­vail de l’édi­teur de départ;
  • le tra­duc­teur est choisi, en der­nier res­sort, par l’édi­teur d’arrivée;
  • le tra­vail de tra­duc­tion démarre seule­ment quand les aspects juri­diques ont été réglés;
  • soyez modeste avec vos com­pé­tences dans la langue d’arrivée. Trop d’intransigeance fera du tort à tout le monde, y com­pris à vous et à votre texte.

Et toi, bavard inter­naute, tu as des pro­jets de vente de droits? Tu as bien flairé le ter­reau cultu­rel du pays d’arrivée?

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Author: Jonah Leffler

Last Updated: 07/13/2022

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